Quand la vue baisse, quel que soit la raison ou son âge, il arrive que l’on hésite à faire des gestes, des activités du quotidien. Ainsi, on peut devenir moins actif et cela peut affecter la santé physique comme psychologique. À l’Institut de Réadaptation Visuelle Saint-Louis, un programme ambitieux veut faire de l’Activité Physique Adaptée un soin à part entière. Soutenu par la Fondation 15-20 pour la vision, ce projet a besoin de la générosité de tous pour défendre la conviction que retrouver le mouvement, c’est retrouver autonomie et confiance en soi.
La déficience visuelle s’installe souvent au fil de pathologies évolutives qui compliquent progressivement le quotidien. Les premiers changements sont presque imperceptibles : on évite les déplacements le soir, quand la lumière baisse. On renonce à quelques sorties, quand le trajet devient compliqué. Et puis un jour, on ne va plus à la salle de sport parce que, de toute façon, on a du mal à suivre les consignes d’un coach à qui on n’a pas osé parler de ses difficultés visuelles. À force de modifier ses habitudes, on perd peu à peu ses repères. Parfois, cette sédentarité s’ajoute à des fragilités liées à l’âge ou à la maladie et favorise l’isolement, voire la dépression.
À l’Institut Saint-Louis, les équipes voient régulièrement ce mécanisme s’installer. « Le patient entre dans un cercle vicieux », résume Sophie Lacombe, cadre de sante, ergothérapeute et porteuse, avec le Dr Pourchez, du projet autour du sport adapté. « Au-delà du repli sur soi, il existe un risque médical car certaines personnes, découragées, finissent par ne même plus consulter leur ophtalmologiste, persuadées qu’on ne peut plus rien pour elles », souligne-t-elle.
Reprendre sa place
Pourtant, bien accompagné, le plaisir de bouger revient plus vite qu’on ne l’imagine. « Faire du sport, c’est prendre soin de sa tête autant que de son corps, explique Sophie Lacombe. L’enjeu n’est pas la performance, mais l’autonomie : donner aux patients les outils nécessaires pour poursuivre une activité physique dans leur vie quotidienne. » Car le sport est un puissant levier de lien social. L’ergothérapeute se souvient, par exemple, d’un passionné de pétanque devenu aveugle. Avec lui, elle a travaillé la posture mais aussi la façon de se faire accompagner. L’été suivant, il a pu rejouer dans son club, après avoir expliqué à ses partenaires comment le guider. « Souvent, les gens ignorent comment adapter leur pratique sportive à leur handicap visuel, alors ils arrêtent tout, regrette la soignante. Notre rôle, c’est de leur apprendre à guider pour être guidés, afin qu’ils retrouvent la place qu’ils occupaient socialement. »
Et les bénéfices sont immédiats. Sophie Lacombe observe d’ailleurs que les patients qui avaient une pratique sportive avant leur perte de vision ont plus de facilité à acquérir de nouvelles compétences pendant leur séjour de réadaptation. L’exercice permet en effet de renforcer l’équilibre, la coordination, l’endurance et la confiance dans les déplacements.

L’exercice physique permet de redonner confiance ce qui pour les plus jeunes peut aider à relancer un projet professionnel ou un projet de vie, pour les plus âgées il contribue au maintien à domicile et à la prévention des chutes. Et pour les proches aidants, voir un conjoint ou un parent regagner en autonomie et en confiance c’est pouvoir souffler tout en se sentant rassuré.
Aujourd’hui, le mouvement est déjà intégré aux accompagnements de l’Institut Saint-Louis, notamment grâce au travail des psychomotriciennes. Mais ces interventions restent limitées par le manque de matériel dédié. L’ambition est donc désormais de structurer cette démarche autour d’un professionnel spécifiquement formé à l’Activité Physique Adaptée.
Faire de l’activité physique un soin à part entière
Le projet « Sport adapté et handicap visuel : voir autrement, bouger ensemble » vise à intégrer pleinement l’Activité Physique Adaptée au parcours de réadaptation des patients. Prescrite médicalement, elle viendra compléter les autres interventions. À l’issue de leur séjour, les patients pourront être orientés vers des structures et des associations engagées dans le sport adapté, comme l’Aassociation Valentin Haüy (AVH), l’Union Nationale des Aveugles et Déficients Visuels (UNADEV) ou les Fédérations Handi-Sport (liste non exhaustive) afin de poursuivre leur pratique et d’installer, durablement, des habitudes bénéfiques pour la santé. L’Institut Saint-Louis souhaite également évaluer et documenter cette démarche encore peu développée dans le champ de la réadaptation visuelle, afin d’en mesurer les effets et de contribuer à sa diffusion.

Le projet s’appuie sur l’équipe pluridisciplinaire et aguerrie de l’Institut Saint-Louis qui accompagne chaque année près de 110 patients dans des parcours de réadaptation individualisés, d’une durée moyenne de six mois et demi. Médecins, ergothérapeutes, psychomotriciens, psychologues, orthoptistes, instructeurs pour l’autonomie, y croisent quotidiennement leurs regards complémentaires. L’Activité Physique Adaptée viendra renforcer cette chaîne de soins en apportant une expertise spécifique.
Pour lancer le programme, l’institut prévoit le recrutement à mi-temps d’un professionnel diplômé STAPS (Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives), spécialisé en Activité Physique Adaptée et formé à ajuster les exercices aux capacités de chacun. Les dons permettront également de financer le matériel nécessaire : tapis de marche, vélo, rameur, plateforme d’équilibre et petits équipements comme des ballons sonores ou lestés.
Cette expérimentation, qui ne pourra voir le jour que grâce au soutien des donateurs et des mécènes, représente un investissement de 82 000 euros la première année, puis près de 130 000 euros la deuxième année à mesure que l’activité se développera. Son ambition est simple mais essentielle : redonner à chacun les moyens de continuer à avancer. Au sens propre comme au sens figuré.