La Dégénérescence Maculaire Liée à l’Âge (DMLA) est la première cause de malvoyance après 50 ans. Elle altère progressivement la vision centrale et reste, dans sa forme dite « sèche », sans traitement validé à ce jour. Aux 15-20, le projet TectoRétina, porté par le Pr Michel Paques et soutenu par la Fondation 15-20 pour la vision, apporte un éclairage nouveau pour comprendre cette maladie et préparer les options thérapeutiques de demain.
Au cœur de la macula
La DMLA touche la macula, la zone centrale de la rétine qui permet la vision fine. Sa forme sèche entraîne la disparition progressive de l’épithélium pigmentaire rétinien (EPR), une fine structure cellulaire indispensable au bon fonctionnement de l’œil. « Ces cellules forment une couche unique d’une dizaine de microns d’épaisseur, précise le Pr Paques. On en compte plusieurs dizaines de milliers. Présentes dès la naissance, elles sont établies pour toute la vie et se renouvellent peu, voire pas du tout. » Lorsque l’EPR disparaît, il laisse place à de petites zones mortes qui s’élargissent au fil du temps. À terme, elles finissent par atteindre toute la macula et emporter les neurones voisins, provoquant la perte de la vision centrale. Si on sait déjà qu’il existe une composante génétique et une composante inflammatoire dans l’apparition de cette maladie, un mystère demeure : comment et pourquoi ces zones continuent-elles de s’élargir ?
C’est précisément la question que pose le projet TectoRétina, mené aux 15-20 par le Pr Paques et une équipe pluridisciplinaire, composée du Dr Sacha Reichman, spécialiste des cultures de cellules épithéliales pigmentaires à l’Institut de la Vision ; du Dr Lucas Alasio, expert de la simulation numérique à l’INRIA et des Dr. Benoît Ladoux et Luis Almeida, spécialistes de la biologie des épithéliums.
Reconsidérer l’origine de la maladie
La difficulté principale dans l’étude de la DMLA sèche réside dans la lenteur de sa progression : « l’extension se fait à raison de quelques centaines de microns par an, ce qui est suffisant pour gêner la vision, mais beaucoup trop lent pour être facilement reproduit chez l’animal », explique le Pr Paques. Grâce à l’imagerie rétinienne haute résolution, il a cependant pu suivre ses patients sur de longues périodes. Ses observations répétées l’ont conduit à formuler l’hypothèse que la maladie siège directement dans l’épithélium pigmentaire rétinien. « Il fallait replacer les changements dans leur contexte et ne pas se limiter à la cellule en train de mourir. C’est cette vision clinique qui a orienté mes travaux, souligne-t-il, car, faute de modèle vraiment fidèle, les approches expérimentales classiques ne suffisent pas toujours. Le suivi direct des patients montre qu’on peut mettre à jour des mécanismes très fondamentaux dans l’évolution d’une maladie chronique. » Des progrès rendus possibles par les appareils que conçoit la société française Imagine Eyes, leader mondiale de l’imagerie rétinienne de très haute précision.
Les analyses du Pr Paques et de son équipe ont ainsi révélé que l’extension des lésions est jalonnée d’irrégularités. Ils ont ensuite pu modéliser ces atrophies par ordinateur afin d’anticiper la trajectoire de la maladie chez chaque patient. En parallèle, des cultures cellulaires ont été développées pour reproduire in vitro ces phénomènes, une étape indispensable afin de tester les nouvelles pistes thérapeutiques.

De l’observation aux premières preuves
Après deux ans d’échanges, les premiers tests scientifiques ont été lancés, un mémoire de master a été soutenu et plusieurs preuves de concept sont en cours, malgré des moyens encore limités. Mais des demandes de financement sont en préparation pour donner à ce programme une nouvelle ampleur. « Si l’hypothèse que nous avons déjà commencé à vérifier se confirme, elle pourrait mener à des traitements d’ici à cinq ans », se réjouit le Pr Paques. Pour accélérer ce passage, la recherche peut s’appuyer, d’une part, sur le repositionnement de médicaments déjà disponibles sur le marché et, d’autre part, sur la haute précision de l’imagerie qui offrira la possibilité de tester l’efficacité des molécules beaucoup plus rapidement que dans la plupart des essais cliniques.
L’impact de ce projet est considérable. Il ouvre la voie à une approche curative mais également préventive, capable de bloquer l’initiation même de la maladie et donc d’agir aussi bien sur sa forme sèche et que sur sa forme humide. Et parce que les épithéliums existent dans de nombreux organes humains, le processus étudié pourrait concerner d’autres pathologies. En replaçant les observations cliniques au cœur de la recherche, TectoRétina donne un nouvel espoir aux patients et un cap inédit à la science.