Le syndrome d’Usher est une maladie rare d’origine génétique qui associe une atteinte de l’audition, de la vision et parfois un trouble de l’équilibre. Une pathologie sensorielle complexe qui touche environ une personne sur 10 000 et qui bouleverse tous les repères. Le programme de recherche Light4Deaf, initié dans le cadre d’un projet de Recherche Hospitalo-Universitaire, vise à mieux comprendre l’évolution du syndrome d’Usher pour affiner le diagnostic et préparer l’arrivée de traitements innovants.
Trois types, un même enjeu : préserver l’autonomie
Le syndrome d’Usher se décline en trois types, selon l’intensité des symptômes et leur évolution.
« Ce qui intéresse les patients, c’est l’évolution : est-ce que je vais perdre la vue et à quel rythme ? Grâce à Light4Deaf, on commence enfin à avoir assez de données pour mieux comprendre cette progression, même si elle reste très variable d’un patient à l’autre. »
Light4Deaf : une cohorte unique pour faire avancer la recherche
Lancé il y a près de dix ans, le projet Light4Deaf vise à mieux comprendre la progression du syndrome d’Usher. Coordonné par les 15-20 avec 13 partenaires dont l’Institut de la vision, l’Hôpital Necker et la Pitié-Sâlpétrière, ce programme a permis de constituer la plus grande cohorte sur la maladie avec 164 patients suivis pendant cinq ans. L’enjeu : documenter les liens entre génétique, symptômes sensoriels et évolution clinique, pour mieux anticiper les trajectoires individuelles.
Pour cela, les chercheurs se sont appuyés sur des outils de pointe : imagerie de la rétine, mesure de champ visuel (micropérimétrie), tests de mobilité en réalité virtuelle… « Ce que veulent savoir les patients, c’est s’ils vont perdre la vue et à quel rythme, précise le Pr Audo qui a coordonné le volet clinique. Mais l’évolution varie fortement d’un patient à l’autre. D’où l’intérêt d’une cohorte aussi large qui va nous permettre d’identifier des tendances, malgré cette variabilité. » La dynamique impulsée par le projet Light4Deaf va se poursuivre ensuite grâce au soutien de la Fondation Fighting Blindness et de la Fondation 15-20 pour la vision grâce à ses donateurs, dont l’engagement d’un grand donateur. Ces nouveaux financements vont permettre d’amplifier les efforts de recherche et de préparer l’arrivée de traitements innovants.

Préparer les traitements de demain
Si aucun traitement ne permet encore de stopper ou d’inverser la progression de la maladie, plusieurs pistes thérapeutiques sont à l’étude dans le monde, notamment en Italie, dans le domaine de la thérapie génique. Des essais cliniques ciblant les gènes MYO7A (type 1) et USH2A (type 2) sont en cours afin de stabiliser la dégénérescence avant que la rétine ne soit trop abîmée. « Ce ne sont pas des traitements réparateurs, mais ils pourraient préserver la vision restante, ce qui serait déjà énorme pour les patients , explique le Pr Audo. L’idée consiste à introduire dans les cellules de l’œil une copie saine du gène défectueux, mais le transfert représente un vrai défi car ce sont des gènes très longs. » Des techniques innovantes permettant de les diviser en deux sont actuellement explorées pour contourner ce problème.
En parallèle, d’autres pistes sont étudiées : protéger les cellules rétiniennes encore saines (neuroprotection) ou en greffer de nouvelles (médecine régénérative).
Toutes ces approches sont suivies de près par les équipes françaises car, bien qu’expérimentales, elles ouvrent des perspectives très concrètes pour l’avenir des patients.
Grâce à Light4Deaf, les 15-20 disposent aujourd’hui d’une base de patients suivis dans la durée et sensibilisés aux enjeux de la recherche. « Nos patients sont prêts. Ils ont contribué à construire cette étude, ils savent que leur participation pourra faire la différence. » Au-delà de son enjeu thérapeutique, ce projet illustre la force du travail en réseau : en renforçant la coordination entre ophtalmologistes, ORL, et généticiens, il favorise la mise en place de diagnostics plus rapides et d’accompagnements plus adaptés aux besoins des patients.