Le glaucome est une maladie chronique qui provoque une atteinte progressive et irréversible du nerf optique, souvent associée à une élévation de la pression intraoculaire. Son évolution est silencieuse : la vision centrale demeure longtemps préservée tandis que le champ visuel se rétrécit progressivement, retardant le diagnostic. En France, 1,3 million de personnes sont traitées pour cette maladie, et environ 300 000 à 500 000 ignorent en être atteints. Bien qu’il n’existe pas de traitement curatif à ce jour, des recherches en cours pourraient permettre d’offrir des alternatives thérapeutiques, en particulier pour les patients qui ne répondent pas aux traitements actuellement disponibles.
La Trabéculoplastie Sélective au Laser (SLT)
Parmi les types de glaucome, le plus fréquent est le glaucome primitif à angle ouvert, qui constitue la première cause de cécité irréversible dans le monde. Ce glaucome se caractérise par une difficulté progressive du système de drainage du liquide intraoculaire, l’humeur aqueuse, situé dans l’angle entre l’iris et la cornée, qui reste cependant ouvert. Cette anomalie entraîne une élévation progressive de la pression intraoculaire, pouvant endommager le nerf optique et entraîner une perte de la vision périphérique.
Afin de réduire cette pression, les cliniciens disposent d’un arsenal thérapeutique, dont la Trabéculoplastie Sélective au Laser. A ce sujet, le Professeur Christophe Baudouin, Chef de service et Directeur de l’Institut Hospitalo-Universitaire (IHU) FOReSIGHT pour la vision, explique : « Développée il y a plusieurs décennies, la Trabéculoplastie Sélective au Laser est un traitement physique efficace, reconnu, quasiment sans danger, pour réduire la pression intraoculaire. »

Cette approche thérapeutique a une action ciblée sur le trabéculum, zone essentielle d’évacuation de l’humeur aqueuse. Toutefois, le fonctionnement biologique à l’origine de l’efficacité de ce traitement n’est pas encore clairement établi. « Les mécanismes d’action du laser qui touche directement le site de résistance à l’écoulement de l’humeur aqueuse, le trabéculum, et donc le point de départ de la maladie glaucomateuse, restent mal connus. Différentes hypothèses ont été évoquées : remodelage du tissu trabéculaire, stimulation des cellules chargées d’en assurer le nettoyage, réaction inflammatoire s’opposant aux effets de certains médiateurs profibrotiques, ouverture de nouveaux espaces de résorption… », précise le Professeur Christophe Baudouin. C’est ce constat qui a conduit les équipes de l’Hôpital des 15‑20 à mener des recherches approfondies sur le sujet afin de mieux comprendre les mécanismes biologiques en jeu et d’optimiser les paramètres de traitement.
Comprendre le SLT pour optimiser son efficacité
S’appuyant sur un écosystème d’excellence représenté par l’IHU FOReSIGHT, qui regroupe l’Hôpital national des 15-20 – et son Institut Universitaire du Glaucome – ainsi que l’Institut de la Vision, les chercheurs ont rassemblé leurs expertises pour lancer un programme de recherche translationnelle sur le glaucome. Cette seconde phase du projet, portée par le Docteur Juliette Buffault, bénéficie du soutien de la Fondation 15-20 pour la vision, pleinement engagée à renforcer les moyens de recherche, à soutenir les équipes scientifiques et à ouvrir des perspectives innovantes pour l’avenir.

Ces travaux de recherche visent à révéler comment le SLT agit sur le trabéculum en modulant l’activité de ses cellules, proportionnellement à la dose de laser utilisée. Ce traitement pourrait influencer des processus biologiques importants comme la fibrose, l’inflammation et le remodelage des tissus. Grâce à une analyse approfondie des gènes activés ou modifiés, les chercheurs souhaitent mieux comprendre ces effets et identifier précisément les mécanismes responsables des résultats cliniques observés.

A la tête du service en charge de ces travaux de recherche, le Professeur Christophe Baudouin rappelle l’importance de ce travail « Comprendre comment fonctionne ce traitement est essentiel à la fois pour tenter de l’optimiser, d’en améliorer l’efficacité ou la durée d’action, ou encore diminuer les échecs et prévenir le risque de réaction adverse. C’est l’objet de ce travail fondamental à la fois très scientifique et directement ciblé sur les tissus concernés pour essayer d’en comprendre les dysfonctionnements et les moyens de les surmonter. Mais au-delà du traitement par laser, la compréhension des mécanismes initiaux de la maladie glaucomateuse ouvre des perspectives prometteuses sur des moyens nouveaux d’améliorer le fonctionnement de cette structure si mal connue et donc de prévenir ou de traiter le glaucome. »
Ce projet de recherche nourrit un vrai espoir pour l’avenir des patients atteints de glaucome. En approfondissant la connaissance des mécanismes du SLT, il ouvre la voie à des traitements innovants, plus précis et plus efficaces. L’engagement sans faille des médecins et des chercheurs des 15-20 renforce l’assurance d’avancées porteuses d’espoir, capables de transformer durablement la vie des patients.